Un toit comme une aile, en invitation au voyage…et au séjour.

« La double pente permet de s’inscrire dans le milieu, sans rupture ; ensuite, c’est dans les détails que l’on devient moderne »

Randonneurs des Balcons du Léman ou pèlerins sur le chemin de Compostelle, nombreux sont les marcheurs qui peuvent admirer, passée l’église du petit village d’Andilly, une audacieuse maison contemporaine qui défie les massifs suisses. C’est sous son aile futuriste que sont venus se poser Johann, Bénédicte et leurs deux enfants. Une aile-toiture aérodynamique fine de tuiles plates qui les arrime à terre tout en rappelant à ces grands voyageurs qu’il est toujours possible de s’élancer.

Andilly est un village classé dont les constructions sont plutôt réglementées. Lorsque le couple achète son terrain, dans l’axe de l’église, il ne voit dans la jachère et les broussailles que la formidable promesse de vue sur les montagnes. Même la forte pente ne leur fait pas peur.

Très rationnellement, le couple de consultants couche ses priorités sur papier : une maison chaude et « cocon » dans l’environnement montagnard un peu hostile, mais avec des ouvertures spontanées vers l’extérieur ; beaucoup d’espaces communs, mais aussi des lieux pour soi ; des coins secrets pour les enfants, et une cuisine donnant sur les montagnes… L’envie aussi d’une maison tout bois, mais qui respecte le style local dont l’avancée de toit notamment… Les quelques constructeurs de maison en bois contactés ne prennent pas la pente en compte mais « posent » la maison sur le plat. L’architecte des Bâtiments de France préconise quant à lui un style « minéral et austère ». Nous sommes en février 2014 et rien n’a commencé…

C’est là qu’intervient Jaouen Pitois, architecte DPLG, propose une vision immédiatement originale, et surtout très en osmose avec la pente du terrain dont il tire le meilleur parti. Ses projets sont généreux, et l’attitude sera très constructive : « La famille était ouverte à mes propositions, et l’architecte des Bâtiments de France a bien collaboré. On a établi un compromis : les deux façades qui s’adressent au village sont en enduit, et respectent la minéralité voulue. Côté vue, on entre par la façade bois que désiraient les propriétaires ».

A l’arrivée, soutenu par des propriétaires de plus en plus conquis, Jaouen Pitois a créé une longère très spacieuse aux lignes d’une grande pureté. La maison remplit tous les vœux : elle accueille chaleureusement par son entrée de bois, elle privilégie le vivre ensemble, et elle met en valeur la vue extraordinaire détectée à l’achat du terrain. La toiture joue un rôle-clé dans la réussite du projet.

Concernant le toit, l’archétype traditionnel de la double pente est ce qui rythme les maisons du village. « La double pente permet de s’inscrire dans le milieu, sans rupture ; ensuite, c’est dans les détails que l’on devient moderne », explique l’architecte. Ces détails de finition se focalisent sur la recherche de finesse, obtenue grâce à des matériaux choisis : la tuile sélectionnée est la plus plate possible.

#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage
#1er Prix Architendance 2016
#Prix des Étudiants
#Laboratoire Architecture et Paysage

Si la toiture de tuiles donne un tel accent contemporain à la maison, c’est que l’écriture en est nette, précise, avec des finitions pensées pour laisser l’œil filer sur les lignes, qu’aucune cheminée ni conduit d’extraction n’arrête.  Pour ne pas rompre cette fluidité, il a mis le veto sur les fenêtres de toit. Il était encore moins question d’aller installer un bourrelet de tuiles faitières au sommet : le faîtage est un profilé d’aluminium anthracite d’un seul tenant, harmonisé aux chéneaux et contours. Les arêtes vives du bois, la ligne d’aluminium de 30 cm finissent le bas de toit comme si la maison était dessinée. Le jeune architecte se prend à rêver de futures tuiles encore plus finement biseautées et aux arêtes vives qui permettront d’écrire de façon encore plus contemporaine…

« Le toit, c’est cette relation au ciel qui vient finir le projet », affirme-t-il poétiquement. Rien d’étonnant à ce que les métaphores d’ailes d’avion fleurissent spontanément à Andilly !

Enthousiastes, Johann et Bénédicte apprécient que la symétrie des pentes de la toiture s’effectue selon un angle ouvert, qui donne à la maison une coiffe douce, sans créer le redoutable effet cathédrale « pointu » à l’intérieur.

Le bon usage des hauteurs et volumes culmine dans cet autre point de fierté qu’est ce magnifique bureau mezzanine d’un seul tenant, comme en apesanteur, qui permet à Bénédicte, pour travailler de son côté, de s’extraire tout en étant présente au sein de la famille.

Dehors, ils plébiscitent l’audace de la toiture, avec son prolongement coupé d’une ouverture nette. Ce carré de ciel définit l’espace de la terrasse. Un auvent de toile anthracite calme les ardeurs du soleil d’été.

Sa toiture, Johann aime la toucher. Elle descend à 1,20 mètres du sol à son point le plus bas. Près de la terrasse où l’on vit, on est « au contact » ; poser la main sur les tuiles chaudes, comme on le ferait sur un organisme vivant, ou voir les tuiles retenir la neige l’hiver, est un plaisir renouvelé au fil des saisons.

Si dans les premiers temps la famille ne percevait pas la valeur ajoutée de l’architecte, elle a au contraire réalisé au fil des douze mois de travaux comment l’opiniâtreté et le sens du détail de Jaouen avaient fait passer le projet à un stade de modernité supérieur — ce qui lui a valu le prix La tuile terre cuite Architendance 2016. Depuis, il n’est pas rare que Jaouen soit sollicité pour refaire quelque chose dans le même genre… c’est mal connaître l’exigence de la page blanche qui anime le lauréat…

Avec un terrain de 2500 m2 attenant où Johann et Bénédicte ont planté un verger, la maison développe sans cesse de nouvelles possibilités. Creusée, la pente recèle de beaux volumes potentiels. On peut enfin penser aux aménagements extérieurs. De puissantes traverses de chêne vont constituer des marches, ainsi que les murs de soutènement. Elles seront protégées par une couverture d ’acier de la même couleur que la toiture, qui dicte l’unité et l’harmonie de l’ensemble.

Sous l’aile fuselée et nette, la famille vit pleinement sa vie. Au chaud l’hiver tout en sachant que d’un battement d’aile ils peuvent s’envoler l’été. La maison sera là, aérienne et lumineuse, pour les accueillir au retour. « On s’y sent très bien. Elle donne l’impression d’être prête à partir, tout étant bien ancrée, comme nous », conclut Johann. Et gageons que si vous venez à passer tout près, elle s’ouvrira volontiers pour vous offrir un café.

Découvrez d'autres reportages

Reportage

Quand l’épure guide une autre perception de l’espace

Remontons-le, ce temps : Laurent est déjà DPLG*, quand Nadine renonce à sa fonction d’enseignante pour se lancer à son tour dans les études d’architecture ! A Montpellier, le jeune couple vit en centre-ville, dans un étage indépendant de fort petites dimensions. Le nid idéal et économique pour cette période de transition. Alors, quand Nadine sort fin diplômée à son tour et que leur agence voit le jour à Gignac, ils pensent enfin à eux, à bâtir à deux ; et ils pensent espace. Il faut sortir de la ville, construire.

*Architecte diplômé par le Gouvernement.

Lire le reportage
Reportage

Quand la tuile est le nouveau noir

A Sarrebourg, en lisière de ville et bordure d’un lotissement, est né il y a quatre ans un projet audacieux, remarquable par son économie de moyens autant que par son esthétique. Le génie des tuiles s’y déploie sur deux dimensions, dotant cette maison atypique d’une carapace très contemporaine.

Lire le reportage