Quand la tuile est le nouveau noir

« Ah, vous habitez la maison noire ? » Pas facile de manquer la façade toute de tuiles noires mates et son toit de tuiles identiques, de la maison de Flora et Alexandre.

A Sarrebourg, en lisière de ville et bordure d’un lotissement, est né il y a quatre ans un projet audacieux, remarquable par son économie de moyens autant que par son esthétique. Le génie des tuiles s’y déploie sur deux dimensions, dotant cette maison atypique d’une carapace très contemporaine.

Carapace, le mot ne déplaît pas à Flora, se décrivant elle-même un peu défendue d’abord, mais au fond très accueillante. Et c’est bien la disposition mentale traduite par Les Nouveaux Voisins, jeune agence d’architectes auteurs du projet. Sur la rue, dominant une forte pente, la longue façade et son toit de tuiles n’offrent pour seules ouvertures que la porte d’entrée et celle du garage.

Sur le jardin et à l’arrière de la maison, un chaleureux pignon rouge vient contraster avec les parements de mélèzes locaux non traités, qui prennent doucement leur teinte grisée.

Toute en baies vitrées, ouvrant sur la nature environnante, c’est la partie réservée à la vie sociale et familiale ; depuis trois ans, Flora et Alexandre y vivent avec leur petit Arthur, à qui ils ont choisi d’offrir lumière, liberté et espace.

L’histoire de la maison est faite d’heureuses premières. Pierre l’architecte et Alexandre l’assureur jouent au foot ensemble depuis longtemps. Locataires à Strasbourg, Alexandre et Flora ont envie de franchir le pas : s’installer, fonder une famille dans un cadre qui leur ressemble, avec la volonté d’un habitat contemporain ; pas de solution toute faite mais un budget contraint. La restauration d’ancien n’est pas une option.

Sarrebourg - Alsace.
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 A l’achat du terrain, atypique par sa déclivité et sa position géographique, succèdent les projets de constructions clés en mains, dont aucun ne les satisfait. « On ne nous proposait que des cubes empilés ! » Pierre Laurent suggère alors les services de son agence fraîchement créée, Les Nouveaux Voisins. Pour convaincre, son associé et lui-même investissent dans une étude.  « L’esquisse de Pierre a été un coup de cœur. On s’est aussi demandé si ça allait passer en mairie ! Tellement audacieux par rapport à l’environnement… » se souvient le couple. Oui, c’est passé et, à quelques modifications près, le projet est très proche de la réalisation finale. 

Côté toiture, le génie de la tuile s’impose : c’est une matière noble, authentique, pérenne dont le choix a primé dans l’acceptation du dossier.

Pour Pierre Laurent et son associé Nicolas Grün, c’est aussi une première. La première maison particulière signée Les Nouveaux Voisins. Autant dire que cette maison-test va faire l’objet de tous les soins, depuis les visites de chantier hebdomadaires jusqu’aux menues adaptations pour coller aux besoins de la famille. Et surtout, respecter le brief : donner une envie de protection et d’intimité dans une rue rendue passante par le lotissement proche.

Offrir une dimension contemporaine mais s’inscrivant dans une disposition classique. Enfin, pas de toit-terrasse ni fenêtres de toit !

Le choix de créer un véritable toit, de « fermer » la façade rue et de recouvrir le tout par des tuiles noires s’est vite imposé au team des architectes.

   C’est souvent par la toiture qu’on obtient du volume intérieur. Le toit et son dessin sont identifiants. Beaucoup de gens pensent à tort qu’une maison d’architecte a forcément un toit-terrasse, c’est-à-dire un toit plat ou pas de toit du tout.

C’est même ainsi que les promoteurs qualifient les « maisons d’architecte », déplore Pierre.

 

Contre ce dogme, le toit et la façade de tuiles jouent un rôle- clé dans la modernité du projet. Le POS local n’imposant pas la tuile alsacienne rouge classique, Les Nouveaux Voisins ont pioché une tuile noire et mate, l’ Actua de la manufacture Wienerberger à Achenheim, repigmentée pour obtenir sa couleur noire profonde. Sa forme originale, tronquée au bout, définit un motif particulier qui fait « vibrer » l’ensemble. La carapace n’est pas un bloc monolithique, mais un tissu minéral vivant captant la lumière. Cohérent avec le style de la région, mais très rupturiste par l’implantation sur le toit et le recouvrement de façade, ce choix minéral et naturel évoque directement la protection. Rien à voir pourtant avec les classiques grillages et clôtures avoisinants !

  « Au contraire de ces dispositifs défensifs artificiels, la tuile est minérale et nous renvoie à la terre », poursuit Pierre. Recouvrir entièrement la maison de tuile était aussi un moyen de contourner les recommandations locales en matière de crépi coloré.

Non contente d’être expressive, la maison de tuiles offre de nombreuses qualités : pérennité, entretien nul, esthétique, création de volume intérieur, maîtrise des coûts à court et très long terme… la solution satisfait tout le monde.

Première maison pour les heureux propriétaires, première réalisation individuelle pour Les Nouveaux Voisins… première aussi pour le couvreur qui n’avait jamais relevé le défi technique d’un recouvrement à 90° !

La petite famille vit dans une maison contemporaine, baignée de lumière, dont chaque m2 est optimisé. Originale, chaleureuse et belle — scandinave comme se plaît à dire Flora, elle fait l’admiration générale, passée la première surprise.    Répondant à l’exo-squelette de tuiles noires, la poutre faîtière de mélèze blond a été laissée apparente dans les chambres : elle est douce et rassurante. La cuisine est délimitée par des vitres en serrurerie, accentuant la sensation d’un mode de vie simple, fluide, mais toujours bien protégé. Ce standard de confort et d’épure, instauré dès l’avant-projet, s’élève à chaque embellissement, telle cette création récente d’escaliers de pierre noire et le remplacement du gazon par des pierres en soutènement. Comme si la « carapace » de tuiles attirait encore davantage de puissance minérale, tandis que le règne végétal s’exprime à l’arrière de la maison. Nature et modernité réunies, encore une belle rencontre.

La carapace d’un tatou avec la ligne faîtière pour colonne vertébrale ? La métaphore animale séduit Pierre Laurent, qui a le meilleur souvenir de ce chantier pour des particuliers au départ inquiets de confier leur « bébé » à une corporation inconnue, et qui se sont montrés de plus en plus ouverts au fil des huit mois du chantier. Cette image convient aussi à la famille. Dans le parc de loisirs de Sainte-Croix où travaille Flora, on peut passer une nuit au milieu des loups.

A la maison, pas un jour sans qu’Arthur ne voie passer dans son jardin un chevreuil ou un lièvre. Comme autant de manifestations d’une nature préservée qui s’apprivoise depuis ce merveilleux abri de tuiles.

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