Une maison pour s’envoler vers le large si proche

Pour l’architecte, tout encourage à la généralisation de beaux et nobles matériaux comme la tuile de terre cuite, qui s’avère résolument contemporaine… 

Rêver, concevoir et construire une maison secondaire presque à distance ? C’est l’exploit d’une famille normande qui a ainsi réalisé, à quelques encâblures du lac de Lacanau, son havre aux portes de l’Atlantique.

 

 

Il y a près de 5 ans, André, docteur en psychiatrie et son épouse, parcourant les landes boisées de la Gironde, se sont projetés dans le futur. Ils forment une famille recomposée déjà dotée de petits enfants qu’ils imaginent voir grandir été après été… dans une maison claire, spacieuse, ouverte sur les chênes et les pins, laissant entrer le vent comme les rires. Le terrain, deux mille mètres carrés boisés dont – question de principe ! –  ils ne feront abattre aucun arbre, est acquis. Reste à bâtir…

En scientifique, André conçoit son projet dans les règles de l’art et le respect scrupuleux du plan d’urbanisme. Pas d’étage, recours à des matériaux nobles et disposition générale facilitant la circulation et la vie à l’extérieur, sur les nombreuses terrasses. On n’est pas là pour s’encombrer de gros meubles ou de bibelots ! La structure doit vivre, respirer. Cette maison sera contemporaine, intégrée mais atypique. « Pas ostentatoire », souligne-t-il, même si elle est remarquée, commentée – et même déjà un peu imitée non loin de là !

Une originalité subtile qui trouve son inspiration dans les premiers travaux d’un jeune architecte choisi à l’évidence dans le cercle proche : son propre neveu ! Nathanaël, en association avec sa femme Julie, ont conçu en 2005 à Saturargues une maison particulièrement frappante : toit aux pentes inversées, crépi d’un rouge dense, et prix de revient imbattable ! Cette maison, primée dans la catégorie des maisons originales les moins chères, a fait l’objet de nombreuses parutions ; elle a surtout laissé une empreinte durable dans l’esprit de leur oncle. C’est ainsi que la jeune agence Fouquet va procéder à une réinterprétation plus ambitieuse d’une maison aux toits et plafonds élancés vers le ciel.

Le premier défi réside dans la mise en œuvre du projet au sein d’un triangle géographique pour le moins étendu : la maison est située en Gironde, ses commanditaires à Cherbourg, et ses architectes à Montpellier ! Un triangle sur la carte, que l’on pourrait presque superposer à l’une des « ailes » du toit de la maison…

Quelqu’un va créer le lien. Un Compagnon du Devoir, un charpentier-couvreur qui travaille en artiste et réfléchit en ingénieur dont l’entreprise de charpente couverture est installée à 30 km de la future maison. Il va coordonner la maîtrise d’œuvre et donner toute son intensité à la pièce maîtresse de la maison : sa charpente en toile-étoile, aux plis d’éventail et aux flèches audacieuses, qu’il couvrira de tuiles selon un dessin et un procédé très méticuleux.

 

La maison, qui devrait être au départ construite « module après module » dans un esprit de séquençage des travaux, sera d’emblée spacieuse, avec un très vaste salon et quatre chambres. Comme le souligne Nathanaël, cent cinquante mètres carrés dans une maison contemporaine en paraissent vite deux cents grâce aux dégagements et astuces intégrant tous les postes consommateurs d’espaces.

Nathanaël se rappelle qu’à la sortie de ses études d’architecture, il avait une lecture assez négative du toit en pente volume contraignant qui occupe une proportion considérable dans le rendu extérieur de la maison. Sans compter un petit effet « plombant » lié à la pente.

Dans sa vision de l’époque, la modernité passait par les toits plats. Une idée préconçue dont il est revenu au fil du temps et des projets qui, telle la maison de son oncle, permettent au contraire de libérer la créativité, d’assurer des volumes intérieurs spectaculaires et, troisième point assez crucial, de garantir presque indéfiniment la résistance de la maison aux intempéries. Comme il le résume avec humilité : « Je ne dessine pas pour moi mais pour satisfaire les visions de mes clients. Du coup, je ne m’interdis rien. »

Quand on voit l’envolée plissée aux impeccables noues, ces jonctions de toiture en creux, on se dit qu’il a bien fait. Et que dans cet élan donné, de façon rythmée à la toiture, il y a de quoi de sentir protégé d’un soleil auquel les propriétaires normands sont peu habitués. Les calculs d’ensoleillement ont été déterminants pour celui des flèches et donc des poutres. Pour la plus importante, celle du salon, André précise qu’elle fait près de onze mètres de long pour une section de soixante centimètres… Sous ses quatre mètres de hauteur de plafond, le salon s’avance telle une nef– pourquoi pas, la mer est si proche !

Pour habiller cette puissante dentelle qu’est la charpente, le choix d’une tuile canal, couleur de terre claire, un peu caramel, façonnée dans les environs, s’impose immédiatement. La tuile est un matériau naturel, qui protège durablement tout en assurant une bonne ventilation du bâti général. Mais entre les pentes inversées et les noues, c’est un travail de précision de haute volée qui attend le compagnon couvreur, un régal pour ce professionnel qui apprécie d’exercer son savoir-faire sur un produit qu’il aime. 

Les rives du toit d’abord réalisées en bois sont recouvertes de zinc. Des détails comme celui d’une descente d’eau thermolaquée de section carrée, intégrée dans le moisage d’un poteau extérieur, signent la qualité et le souci d’excellence qui ont ravi les propriétaires comme les architectes. Dans un tel contexte, les tuiles sont d’autant plus magnifiées.

Le toit en pente comme signature d’une maison contemporaine, Nathanaël, le sait d’expérience désormais, c’est possible et cela dépend surtout de sa créativité.  Avec 250 modèles et 400 coloris, le choix est vaste… même s’il trouve encore une suggestion à faire aux fabricants … une tuile de grande taille d’un mètre carré…pour un aspect graphique qui pourrait être rupturiste.

Alors, une réussite ? indéniablement. Si André pense à distance aux feuilles mortes qu’il n’a pas eu le loisir de balayer cette année, il n’est pas inquiet. Certes, il a dû se résigner à couper un chêne qui était tout près, trop près du salon. Le flot de lumière récupéré a bien compensé la décision.  Et puis, il y a encore tant à faire… une piscine pour les jeux d’été, un poêle pour les jours d’hiver. Tout est possible et tout est anticipé. Avec toujours un projet d’avance, la maison familiale sera bel et bien, comme André l’a souhaité avec son épouse, modulaire, évolutive et donc bien vivante.

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